Chapitre 1er. Economie

Les trois décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale se sont traduites par une forte réduction des inégalités en raison, notamment, des mécanismes de protection sociale et de progressivité de l’impôt mis en œuvre par les Etats. A partir du milieu des années 1970, le néolibéralisme a enclenché un mouvement de balancier en sens inverse. Le tout-au-marché prôné par Reagan et Thatcher imposant une réduction des dépenses sociales, la suppression de services publics en tous genres, l’affaiblissement de la progressivité de l’impôt et une dérégulation massive dans tous les domaines de l’économie. Ce mouvement s’est propagé largement et a contribué à accroître les inégalités de façon durable. La Commission européenne, entre autres, s’est inscrite avec zèle dans cette démarche néolibérale.

Pour les socialistes, le temps est venu de mettre un coup d’arrêt aux dérives néolibérales. Face à la montée des inégalités, il est essentiel de concevoir un nouveau modèle économique.

Proposition 1

Un modèle économique qui promeut le respect des travailleurs et le bien-être collectif  

Les socialistes appellent à concevoir un nouveau modèle économique, ayant pour objectif le bien-être du plus grand nombre plutôt que celui de quelques-uns.

Le modèle économique souhaité par les socialistes s’articule autour de trois idées maîtresses :

  • Réguler davantage l’économie de marché ;
  • Rendre à l’Etat un rôle d’acteur économique, outre celui de régulateur ;
  • Favoriser par des dispositifs publics l’émergence et le développement d’initiatives qui poursuivent l’intérêt général plutôt que la maximisation des profits.

Ce nouveau modèle économique entend rééquilibrer les rapports de force pour réduire les inégalités. Les règles actuelles accordent trop de pouvoir aux actionnaires et aux dirigeants des grandes entreprises et privilégient à outrance leurs intérêts. Ces privilèges se développent au détriment des autres acteurs, notamment les travailleurs, les consommateurs, les PME, les citoyens et les pouvoirs publics. Aussi, notre nouveau modèle économique exige davantage de justice fiscale (voir les propositions du chapitre relatif à la fiscalité) et une révision des règles concernant les relations de travail (voir les propositions du chapitre relatif à l’emploi), notamment en vue d’une meilleure répartition du temps de travail au sein de la société.

Le modèle économique que le PS préconise implique des réformes en profondeur qui concernent les différents acteurs économiques :

  • L’accroissement du pouvoir des travailleurs, notamment par une démocratisation de la gouvernance des entreprises, des protections des travailleurs face aux licenciements justifiés entre autres par des délocalisations, un meilleur encadrement des rémunérations des dirigeants d’entreprise et une responsabilité sociétale des entreprises ;
  • Un soutien aux entreprises qui créent de l’emploi, notamment par une politique industrielle – européenne et régionale – renforcée, la stimulation de l’innovation et des outils d’accompagnement pendant les premières années ;
  • Le renforcement du pouvoir des petits consommateurs, notamment par des droits nouveaux et une meilleure information ;
  • Une démocratisation des instruments de la globalisation économique, notamment par une transparence renforcée lors de la négociation de traités commerciaux et une réforme de la politique monétaire de la zone euro (voir le chapitre consacré à l’Europe) ;
  • Un juste retour du secteur financier eu égard aux aides publiques qui lui ont été accordées, notamment par le partage de leurs bénéfices avec la collectivité.

Proposition 2

De nouveaux indicateurs de prospérité

Le nouveau modèle économique du PS se fixe comme objectifs l’amélioration du bien-être du plus grand nombre et la réduction des inégalités. Ce modèle entend rompre avec la volonté d’accroître à tout prix le produit intérieur brut (PIB). Les facteurs favorisant le PIB ne sont pas toujours bénéfiques en soi. Par exemple, reculer l’âge de la pension favorisera la croissance économique, comme l’indique le Bureau du plan, mais aura aussi des conséquences néfastes en termes de chômage, de santé et de stress.

Plus largement, le concept statistique de croissance économique n’est pas synonyme de bien-être des populations, d’épanouissement des citoyens et de prospérité. Le PIB n’est pas un indicateur satisfaisant pour mesurer les transformations du marché du travail, la montée des inégalités, la contrainte écologique et les attentes de la population quant à l’amélioration de leur niveau de vie. 

De nombreux analystes préconisent d’autres méthodes de mesure de la prospérité des citoyens et de la santé d’un pays ou d’une région. Ils suggèrent un changement de paradigme quant aux indicateurs à prendre en compte. C’est dans cette évolution que s’inscrit le PS. Ainsi, chaque mesure politique aux conséquences économiques ou sociales doit être évaluée sur la base de nouveaux indicateurs de prospérité afin de déterminer sa pertinence en termes de bien-être pour les citoyens. 

Ces nouveaux indicateurs – aussi appelés indicateurs alternatifs au produit intérieur brut (PIB) – peuvent guider et aider à mener une politique centrée sur le bien-être des citoyens et la réduction des inégalités.

De nombreuses institutions ont établi de multiples indicateurs de prospérité. Il en va ainsi de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS), du Bureau fédéral du plan (BFP) ou encore de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

Les socialistes insistent pour donner à ces indicateurs de prospérité un caractère officiel, pris en référence pour comparer le niveau de bien-être et de développement des Etats.

Proposition 3

La démocratisation du fonctionnement des entreprises

Au fil du temps, de nombreux pans de la société se sont démocratisés. Dans le domaine économique, pourtant, la résistance à la démocratisation du fonctionnement des entreprises reste puissante.

Pour le PS, la participation des travailleurs aux décisions de leur entreprise est essentielle. Elle rétablit l’équilibre entre le capital et le travail. Elle accroît le pouvoir décisionnel des travailleurs et permet un meilleur partage des richesses produites. Plusieurs formules de participation des travailleurs existent. Tantôt à large échelle comme en Allemagne, tantôt à des échelles réduites comme en France ou dans notre pays.

Le projet de société des socialistes prévoit qu’à terme, l’ensemble des entreprises prendront leurs décisions démocratiquement.

Pour parvenir progressivement à cet objectif ambitieux, les socialistes entendent soutenir toutes les initiatives qui y contribuent. Ainsi, ils préconisent :

  • une nouvelle forme juridique d’entreprise, l’« entreprise à codécision », à inscrire dans le code des sociétés ;
  • un soutien financier déterminant aux initiatives de démocratisation au sein de l’entreprise.

Le code des sociétés prévoira une nouvelle forme juridique, l’« entreprise à codécision ». Dans ce type d’entreprise, les travailleurs et les actionnaires codirigeront. La spécificité des entreprises à codécision est d’être dirigée par deux chambres : une chambre représentant les apporteurs en capital (comparable à l’actuel conseil d’administration) et une chambre représentant les investisseurs en travail (les travailleurs). L’ensemble des travailleurs élisent leurs représentants dans cette seconde chambre. Toutes les questions importantes de la vie de l’entreprise, dont la désignation de la direction, l’adoption et la mise en œuvre des plans d’investissement ou l’affectation des bénéfices, doivent être soumises aux deux chambres et obtenir une majorité absolue dans chacune d’elles. En définitive, ce nouveau modèle d’entreprise permet de trouver un équilibre entre les intérêts de ces deux groupes, contrairement aux sociétés capitalistes privilégiant les seuls intérêts des actionnaires.

En outre, le PS veut encourager l’avènement de la démocratie économique notamment par un soutien financier aux entreprises qui se dotent d’une structure décisionnelle effectivement démocratique, à l’instar de certaines coopératives, des sociétés à finalité sociale et des entreprises à codécision.

Proposition 4

La généralisation des clauses sociales et environnementales dans les marchés publics

Les socialistes plaident pour l’introduction systématique dans les cahiers des charges des marchés publics de clauses exigeantes liées au respect des travailleurs et de l’environnement. Le rapport Rewriting the Rules of the American Economy de Joseph Stiglitz a souligné combien ce type de clauses entraîne des effets positifs dérivés. L’introduction de clauses sociales et environnementales dans les cahiers des charges des marchés publics est une manière de privilégier les entreprises respectant des standards élevés en matière de conditions de travail et de protection de l’environnement. En pratique, ces clauses luttent contre le dumping social et permettent aux entreprises locales de décrocher des marchés publics.

Une clause sociale particulière indiquera que le marché ne sera attribuable que si l’écart de rémunérations internes à l’entreprise soumissionnaire ne dépasse pas un rapport d’un à quinze (voir à ce sujet la proposition relative à l’écart salarial dans le chapitre consacré à l’emploi).

Proposition 5

L’interdiction des licenciements collectifs si l’entreprise n’éprouve pas des difficultés réelles

Ces derniers mois, de nombreuses entreprises comme Arcelor Mittal, Axa, Caterpillar, Delhaize, ING et Michelin ont restructuré leurs activités en licenciant leurs travailleurs alors qu’elles réalisaient des profits. Ces licenciements s’expliquent par la recherche d’une plus grande rentabilité, quand bien même leurs profits sont copieux, sans prendre en compte le sort des travailleurs.

Pour les socialistes, il convient d’interdire les licenciements collectifs lorsqu’une entreprise est profitable, sur base de ratios financiers pertinents, notamment si l’entreprise distribue des dividendes à ses actionnaires.

Proposition 6

L’obligation de donner suite aux offres de reprise

Certaines entreprises laissent à l’abandon une activité viable, estimant la rentabilité insuffisante, plutôt que de la céder à la concurrence.

La pérennité de l’activité économique est alors menacée et le sort des travailleurs incertain. Les socialistes proposent d’introduire dans notre ordre juridique une procédure accessible aux travailleurs ou à leurs représentants, visant à contraindre l’entreprise à donner suite aux offres de reprise pertinentes. Ce faisant, on augmente les chances de voir l’activité se poursuivre et les emplois être préservés.

Proposition 7

La responsabilité sociétale des grandes entreprises à travers un budget participatif

Certaines grandes entreprises ont adopté une stratégie de responsabilité sociétale. Elles intègrent les impacts sociaux et environnementaux dans leur stratégie et leurs actions. Cette responsabilité sociétale peut naître d’une réelle prise de responsabilité de l’entreprise face à la société. Dans ce cas, elle est motivante pour les travailleurs. Elle permet également de mieux satisfaire les consommateurs et d’établir des partenariats mutuellement bénéfiques avec des parties prenantes hors de l’entreprise. A contrario, une stratégie de responsabilité sociétale peut ne pas être sincère et viser uniquement une stratégie de marketing.

Pour rendre la responsabilité sociétale des entreprises effective, les socialistes préconisent l’instauration d’un budget participatif spécifique, équivalent à au moins 10% des bénéfices de l’entreprise. Ce budget serait une faculté, prévue par le législateur. Il serait toutefois obligatoire pour les grandes entreprises se prévalant publiquement de développer une « stratégie sociétalement responsable » (corporate social responsibility).

Par ce budget participatif, les travailleurs décideront démocratiquement de l’affectation des moyens mis à disposition. En pratique, des représentants des travailleurs seront chargés d’émettre des propositions d’affectation soumises au vote de l’ensemble des travailleurs. La démocratie au sein des grandes entreprises en sera vivifiée, à l’instar des budgets participatifs menés par les pouvoirs publics.

Proposition 8

Une véritable politique industrielle européenne au profit des Etats membres

L’économie belge se désindustrialise. De 1970 à aujourd’hui, la part des emplois de l’industrie manufacturière dans l’économie belge a chuté de plus de moitié, passant de 31% en 1970 à moins de 13% aujourd’hui. L’économie du reste de l’Union européenne a suivi la même tendance.

Pourtant, l’industrie joue un rôle clé pour notre prospérité. L’industrie engendre des retombées économiques importantes, en particulier sur l’emploi et le niveau de vie. L’industrie procure des effets d’entraînement importants sur le reste de l’économie. Elle fait appel à de nombreux biens et services intermédiaires pour créer ses propres produits.

Pour parvenir à réindustrialiser notre pays à travers une politique idoine de l’Union européenne, au minimum trois opportunités en matière d’innovation et de formation sont à saisir : l’industrie 4.0 (issue de la numérisation et des nouvelles technologies de l’information), l’économie circulaire et les défis en matière de santé.

Concrètement, pour le PS, la politique industrielle européenne dans chacun de ces secteurs-clés doit s’inspirer des dynamiques régionales comme celle qui a été mise en œuvre par les socialistes en Wallonie avec le Plan Marshall et les pôles de compétitivité. D’une part, la politique industrielle européenne ne doit pas se concevoir isolément des autres politiques : une politique industrielle, pour être efficace, doit pouvoir mobiliser la recherche et développement, la politique commerciale, la fiscalité, les droits des travailleurs, l’environnement, etc. D’autre part, il convient de créer des pôles de compétitivité européens : chaque territoire européen doit se positionner sur les segments des chaînes de valeur où il est le plus à même de créer de la valeur ajoutée.

Enfin, une politique industrielle européenne se doit d’être solidaire. Lorsqu’un territoire européen fait face à une importante perte d’emplois – par exemple en raison de la restructuration, la délocalisation ou la faillite d’une entreprise –, une politique de relance économique européenne du territoire sinistré doit être lancée.

Proposition 9

Le développement des pôles de compétitivité wallons

Au niveau wallon, le Plan Marshall et les pôles de compétitivité indiquent la voie à suivre. Les six pôles de compétitivité rassemblent grandes entreprises, PME, universités, hautes écoles et centres de recherche pour mettre en œuvre des projets industriels (recherches appliquées collaboratives, investissement, formation) visant à soutenir et à créer de l'activité et de l'emploi dans des domaines neufs. Ils couvrent les domaines de la logistique et du transport, de l’aéronautique et du spatial, de l'ingénierie chimique et des matériaux durables, des biotechnologies et de la santé, de l’agro-industrie, de l’ingénierie mécanique.

Cette politique économique, axée sur les pôles de compétitivité, porte ses fruits. Pour les socialistes, elle doit être amplifiée. Les aides publiques doivent inciter davantage les entreprises wallonnes à participer et s’inscrire dans la démarche des pôles de compétitivité.

Par ailleurs, afin d’aider les PME à s’inscrire dans la politique des pôles de compétitivité, les socialistes préconisent l’adjonction d’une nouvelle mesure concernant la R&D. Aujourd’hui, les aides en la matière s’adressent principalement aux entreprises déjà performantes à ce niveau. Le PS propose une aide d’amorçage en R&D réservée aux PME qui s’inscrivent dans un pôle de compétitivité.

Proposition 10

Un pro deo d’aide juridique, comptable et de gestion lors du lancement d’une activité économique

Une étude a montré que cinq ans après la création d’une entreprise, la probabilité de survie de l’entreprise était 1,2 fois supérieure pour les entrepreneurs ayant bénéficié d’un accompagnement lors du démarrage de leur activité.

Lors du lancement d’une activité entrepreneuriale, les questions juridiques et comptables que se pose le nouvel entrepreneur (indépendant ou PME) sont multiples. Pour répondre à ce besoin d’accompagnement, le PS propose la création d’un pro deo juridique, comptable et de gestion. Les indépendants ou créateurs d’entreprise bénéficieront d’un accompagnement pendant leur première année d’activité (voire de préactivité) par des professionnels juridiques ou comptables. Les Régions financeront l’opération sous la forme de chèques : chaque indépendant ou créateur d’entreprises disposera, lors du lancement de son activité, d’un nombre déterminé de chèques dont il pourra faire usage tout au long de l’année en fonction de ses besoins.

Ce système permettra d’augmenter le nombre d’entrepreneurs débutants accompagnés en leur fournissant des conseils juridiques, comptables et de gestion, notamment par rapport à leur business plan.

Proposition 11

Un rôle accru de l’Etat dans l’innovation

Au cours des dernières décennies, le secteur public a stimulé l’émergence de nouveaux développements technologiques. On peut citer internet, les nanotechnologies, les biotechnologies ou encore l'énergie renouvelable. Le smartphone, ce « téléphone intelligent », par exemple, qui nous est si familier aujourd’hui, doit sa généralisation à la recherche scientifique soutenue par les pouvoirs publics : internet, le GPS, l'écran tactile et même la reconnaissance des instructions vocales, comme l’assistant Siri pour l’iPhone, sont tous issus de recherches financées (au moins en partie importante) par les pouvoirs publics.

Pour les socialistes, le rôle du secteur public en matière d’innovation est essentiel. La vision des pouvoirs publics porte à bien plus long terme que les acteurs privés. Ainsi, l’appel de J.-F. Kennedy à se rendre sur la Lune a permis de mobiliser des moyens exceptionnels pour la recherche spatiale, avec des retombées concrètes dans la vie économique puis la vie quotidienne des citoyens.

Pour le PS, au regard des enjeux actuels, l’un des axes sur lesquels des efforts financiers doivent être consentis est l’accélération de la transition écosociale : elle assurera la transition environnementale tout en garantissant une protection sociale élevée à l’ensemble des citoyens.

Soutenir la recherche scientifique et l’innovation avec des deniers publics implique ipso facto de partager avec la collectivité les bénéfices des résultats.

Le PS propose de mettre sur pied un mécanisme européen de « juste retour des résultats » de l’innovation financée par les pouvoirs publics. Il s’agit essentiellement de conditionner les aides publiques à la R&D des entreprises à un partage des bénéfices, via un contrat ou une prise de participation, à l’instar, par exemple, de ce qui se pratique en Wallonie et à Bruxelles lorsque les pouvoirs publics financent le développement d’entreprises privées.

Proposition 12

Une réforme des droits de propriété intellectuelle

Les multinationales sont devenues de moins en moins innovantes technologiquement et de plus en plus innovantes en termes de stratégie de dépôts de brevets. Les droits de propriété intellectuelle ne stimulent plus suffisamment l’innovation. Lorsqu’une entreprise se voit octroyer un brevet pour une « non-innovation », elle bénéficie abusivement d’un pouvoir de monopole. La protection dont elle bénéficie entraîne notamment une hausse des prix.

Pour le PS, les droits de propriété intellectuelle doivent être rééquilibrés au regard de la réelle « valeur innovante » ajoutée. Il s’agit notamment d’améliorer la qualité du système de brevet en n’octroyant le droit temporaire de monopole qu’aux innovations réelles. La durée de protection octroyée à un brevet doit être fonction de critères comme le caractère marginal ou au contraire majeur de l’innovation. Il est par exemple anormal qu’un léger changement d’un médicament (par exemple, l’ajout de vitamine D à un médicament contre l’ostéoporose) soit protégé de la même manière qu’une réelle avancée médicale ayant nécessité des budgets de recherche et développement colossaux. Des exigences d’accessibilité, telles qu’un prix maximum de licence, doivent pouvoir être définies lors de l’octroi du brevet afin d’éviter les abus des multinationales.

Proposition 13

Une licence pour protéger les communs innovants

Il est primordial de favoriser les initiatives de l’économie du partage – les entreprises démocratiques avec un objectif social – plutôt que celles d’une économie de plateforme privilégiant le tout-au-profit. Au-delà de leur aspect démocratique, les entreprises de l’économie du partage développent des « communs » – des biens collectifs ou partagés – plutôt que des biens privés – loués ou vendus contre profits.

Les socialistes veulent soutenir les « communs innovants », soit l’innovation développée par les organisations de l’économie du partage. Cette innovation sera facilitée par la création d’une nouvelle forme de propriété collective, une licence qui protège les « communs innovants » – par exemple une innovation technologique donnant droit à un brevet – contre une appropriation privée.

Cette licence présentera les caractéristiques suivantes :

  • Toutes les organisations de l’économie du partage (caractérisées par un objectif non lucratif et une gouvernance démocratique et ouverte) ont le droit de l’utiliser sans restriction ;
  • Les organisations à but lucratif, quant à elles, doivent contribuer financièrement à ce « commun innovant » pour pouvoir l’utiliser.

Proposition 14

Des droits nouveaux en faveur des consommateurs et un code de la consommation

Notre pays s’est doté de multiples dispositions protégeant les consommateurs, notamment en ce qui concerne les prêts à tempérament ou les délais au cours desquels ils peuvent renoncer à un achat. Par exemple, le règlement collectif de dettes permet l’élaboration d’un plan de remboursement sur lequel débiteur et créanciers marquent leur accord.

Aujourd’hui, pourtant, les consommateurs sont à nouveau soumis à de fortes pressions pouvant les pousser à mal se nourrir, à effectuer des achats de manière impulsive, à s’endetter parfois lourdement.

Pour ces raisons, le PS entend étendre les droits des consommateurs par notamment :

  • Le renforcement des missions confiées aux régulateurs pour diminuer les prix ; les autorités de la concurrence doivent être en mesure de :
    • réduire plus facilement la taille des grandes entreprises lorsque le pouvoir de ces dernières est excessif ;
    • lutter plus efficacement contre les ententes de prix ;
    • fixer plus aisément des plafonds de prix ;
  • Une information plus complète et plus transparente aux consommateurs : il s’agit par exemple de mettre en évidence les clauses les plus importantes pour chaque type de contrat ;
  • Une régulation de l’utilisation des données personnelles ;
  • Une adaptation des règles commerciales afin de pouvoir changer plus facilement de prestataire de services lorsque le contrat est reconduit automatiquement ;
  • Une meilleure qualité des produits et en particulier la fin de l’obsolescence programmée par :
    • un renforcement de la garantie légale ;
    • une meilleure information des consommateurs sur la durée de vie des produits ;
    • une obligation pour les fabricants de mettre à disposition leurs pièces de rechange à prix abordable ;
    • une réduction de la TVA sur la réparation ;
    • une sanction pour les fabricants pratiquant volontairement l’obsolescence programmée.

Ainsi étendus, les droits des consommateurs offriront une législation plus complète, en phase avec notre temps, répondant en particulier aux dangers de l’e-commerce et aux sollicitations marchandes au travers des réseaux sociaux.

Les socialistes souhaitent également faire adopter un code de la consommation. Il regroupera l’ensemble des textes légaux applicables en matière de consommation et garantira ainsi une lisibilité renforcée des droits des consommateurs.

Proposition 15

Un compte d’épargne populaire

Environ un quart des Belges se déclarent incapables de faire face à des dépenses financières imprévues. Face aux aléas négatifs comme une perte d’emploi, la panne d’un véhicule ou d’un frigo, des frais médicaux à avancer, l’absence d’épargne peut avoir de graves conséquences. Elle peut nécessiter le recours à un crédit à la consommation dont le taux – même s’il est plafonné – est élevé, et ainsi mener au surendettement.

Les socialistes proposent la création d’un compte d’épargne populaire. Il garantira un taux d’intérêt relativement élevé sur une épargne plafonnée à quelques milliers d’euros par adulte. Ce plafond permet de s’assurer que les avantages sont avant tout destinés aux petits épargnants.

Le taux d’intérêt sera fixé au taux de croissance économique belge par habitant. Ainsi, les revenus de cette épargne croîtront au même rythme que le revenu moyen au sein de l’économie belge. L’objectif est de stimuler la petite épargne de court terme. Ce nouveau compte d’épargne complète les bons d’Etat qui offrent une possibilité de placement sûre et à long terme.

Cette nouvelle épargne servira à financer des investissements publics favorisant la transition éco-sociale.

Proposition 16

Un secteur financier mieux régulé

Responsable de la crise économique qu’il a provoquée en 2007, le secteur financier s’est vu imposer, au cours de ces dernières années, de nouvelles législations régulatrices. Néanmoins, les avancées restent insuffisantes au regard du danger qu’il continue de représenter pour l’économie tout entière.

Les socialistes identifient trois axes d’actions dans lesquels il convient d’agir prioritairement afin que le secteur financier soit davantage au service de l’économie réelle.

D’abord, une réduction du risque du secteur financier, notamment par un matelas de sécurité plus important apporté par les actionnaires et une meilleure régulation de la finance de l’ombre, aussi appelé le shadow banking.

Ensuite, une diminution de la rente du secteur financier. Ce dernier a encore trop tendance à ponctionner des frais trop élevés auprès de ses clients. Ainsi, doivent être réduits les frais de gestion des fonds de placement pour la pension ou les frais imposés sur les cartes bancaires qui pénalisent injustement les consommateurs et les petits commerçants.

Enfin, des mesures pour rendre la finance plus inclusive, comme la proposition relative au partage d’une part des bénéfices des banques avec les déposants.

Proposition 17

Le partage d’une part des bénéfices des banques avec les déposants

La régulation bancaire d’après-crise s’est surtout attachée à réduire les activités risquées des banques et à les responsabiliser en contraignant leurs actionnaires à fournir des capitaux plus importants. Ainsi, les risques que les pertes des banques, en cas d’échec de leurs stratégies, soient collectivisées, sont diminués.

Les efforts ne peuvent s’arrêter là. Le PS propose de collectiviser une partie des bénéfices des banques en faveur des déposants. Les socialistes avancent une proposition forte : la moitié des bénéfices que réalisera une banque par des activités bancaires risquées doit revenir aux épargnants. Par cette manière de procéder, les banques perdront une partie de l’intérêt de s’engager dans des activités trop risquées.

Lorsque les banques ont subi de lourdes pertes lors de la crise financière, elles ont dû être sauvées avec l’argent des contribuables. Il est donc juste que lorsque les banques réalisent des profits, ces derniers ne bénéficient pas uniquement aux actionnaires.