Chapitre 4. Education permanente, culture et médias

L’émancipation individuelle tient une place centrale dans le projet socialiste. Elle se réalise avant tout à travers l’éducation et l’exercice des libertés individuelles. Elle se réalise aussi par la culture. Connaître le monde, savoir d’où l’on vient, s’ouvrir l’esprit, comprendre l’autre, accéder au beau et au sensible, être source d’émerveillement : les bénéfices de la culture dans la vie personnelle sont multiples. 

Si, pour les socialistes, la culture a toujours joué un rôle important, les évolutions sociétales de ces dernières années incitent à lui conférer davantage encore d’attention. L’emprise grandissante de l’univers marchand sur les esprits, la tendance au repli sur soi, les tensions identitaires et religieuses, la croissance des inégalités, les développements numériques, la multiplication des fausses informations (les fake news) sont autant de signaux qui indiquent combien il est indispensable de mener une politique culturelle éclairante, percutante, incisive, ouverte. Une politique culturelle qui mise sur l’art, l’éducation et l’information. Une politique culturelle qui ait pour ambition de toucher tous les citoyens et d’embrasser toutes les disciplines artistiques. Une politique culturelle qui place la participation et le débat au coeur de ses préoccupations. Une politique culturelle qui offre un décryptage du monde et une information juste et pertinente. 

Proposition 41

Un maillage culturel qui garantit l’accès de tous à la culture 

Les arts ont longtemps été réservés à une élite : les cours royales et impériales étaient les principaux mécènes des artistes, qui leur réservaient la primeur de leurs créations ; le public ayant le temps et l’argent nécessaires pour assister à des représentations artistiques était peu nombreux. La mise en oeuvre d’une réelle politique culturelle, à l’échelle du pays, date des années 1960. Elle s’est d’abord focalisée sur les beaux-arts, avant de s’ouvrir, dans les années 1970, aux formes de cultures émergentes. La démocratisation culturelle des années 1960, centrée sur les arts dits majeurs, s’est doublée d’une démocratie culturelle, construite sur l’éducation à l’art, la participation du citoyen, la découverte de nouvelles disciplines et esthétiques artistiques. Depuis 1994, notre Constitution prévoit, en son article 23, un droit à la culture ou, plus exactement, « le droit à l’épanouissement culturel et social ». Les socialistes veulent rende effectif ce droit à la culture. 

Ce demi-siècle de politique culturelle s’est traduit par la construction d’infrastructures, par le soutien au fonctionnement des institutions artistiques et socioculturelles, par des subventions aux projets et par des aides à l’emploi. En définitive, le paysage culturel en Wallonie et à Bruxelles s’est enrichi considérablement. Pourtant, malgré ces efforts, il subsiste encore des régions, des villes et communes, où l’offre culturelle est insuffisante. Cette situation peut résulter d’une absence d’ambition ou d’intérêt politique, d’un manque de moyens, d’infrastructures inadaptées ou inexistantes, ou encore d’un secteur associatif peu sensibilisé aux pratiques culturelles. 

Les socialistes estiment que, là où les carences sont démontrées objectivement, les autorités publiques, dont la Fédération Wallonie-Bruxelles, doivent intervenir en priorité, susciter et soutenir les initiatives comblant les lacunes. L’octroi de crédits budgétaires spécifiquement dévolus aux territoires moins culturellement desservis doit garantir le respect du droit à la culture pour tous. Le PS y est attentif ; c’est une question d’égalité. 

Proposition 42

La participation active des citoyens au coeur des projets culturels 

Une politique culturelle ne se conçoit plus aujourd’hui comme hier. Le désir d’implication des citoyens est important. A l’instar de ce que prévoient les récents décrets relatifs aux centres culturels ou aux bibliothèques publiques, la participation active des citoyens doit être au coeur des projets des institutions culturelles. Les citoyens sont aussi les publics ; leurs attentes et leurs envies doivent être prises en considération. 

Aussi, les socialistes plaident-ils en faveur d’une implication permanente des citoyens dans la conception et l’exécution des projets des organismes culturels. En outre, l’adoption de législations dans le champ culturel se prête adéquatement à l’association de citoyens. Par des panels citoyens ou au travers d’assemblées citoyennes réunies, par exemple, dans les centres culturels, la politique culturelle doit être à la pointe des processus de démocratie participative. 

Proposition 43

Un décloisonnement des disciplines artistiques 

La politique culturelle, on l’a dit, s’est construite au départ d’une vision extrêmement classique des disciplines artistiques. De nos jours encore, l’organisation administrative et budgétaire distingue nettement les disciplines suivant des critères qui paraissent dépassés. En outre, la création contemporaine et l’évolution technologique amènent de plus en plus d’artistes à concevoir des oeuvres multidisciplinaires. 

Des efforts ont déjà été fournis pour favoriser les oeuvres multidisciplinaires mais elles continuent de se heurter à une conception étriquée qu’ont beaucoup de la culture, notamment au sein des instances d’avis. Aussi convient-il à l’avenir de revoir l’organisation et l’attribution des subventions pour mieux tenir compte de la pluridisciplinarité des oeuvres, de plus en plus fréquente. 

Proposition 44

Moins de paperasserie, plus de présence de terrain pour les acteurs socioculturels 

Notre époque connaît une tendance au repli sur soi. Des crispations identitaires apparaissent dans les quartiers. Les actes d’intolérance – xénophobie, homophobie, etc. – se multiplient. 

En Wallonie et à Bruxelles, nous disposons d’un tissu d’acteurs de terrain capables de prévenir ces phénomènes et de lutter contre eux. Les associations d’éducation permanente, de jeunesse et, plus largement, du secteur socioculturel dans son ensemble disposent de la compétence nécessaire pour y faire face. Par la pédagogie et la sensibilisation, par le débat et la participation, elles jouent un rôle central de cohésion sociale et d’apaisement des potentiels conflits. 

Les socialistes considèrent que le travail de terrain est prioritaire pour les associations. Les législations en vigueur, singulièrement celle en matière d’éducation permanente, doivent alléger le formalisme et la bureaucratie inutiles pour permettre aux travailleurs de concevoir des actions et d’être présents au maximum sur le terrain.

Proposition 45

Des industries culturelles qui affrontent le défi numérique 

La culture est également un secteur économique à part entière. Les industries culturelles – c’est-à-dire les industries qui produisent des biens ou fournissent des services dont la valeur résulte pour l’essentiel de leur contenu symbolique (la musique, le livre, le cinéma, le design, les médias d’information) – constituent un pan économique important. Selon de récentes estimations, elles représentent 3,3% de l’emploi au sein des pays de l’Union européenne. 

Comme d’autres, les industries culturelles doivent tenir compte de la numérisation. Si elle cause des difficultés, notamment en ce qui concerne le respect des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle, la numérisation est aussi une formidable occasion de découverte et de diversification de l’offre culturelle. Par exemple, les plateformes audiovisuelles – telles que YouTube ou Vimeo – ou sonores – comme SoundCloud – permettent à des jeunes talents de la musique ou du cinéma de se faire connaître aisément et sans frais par un large public. De même, les plateformes de diffusion musicale (Spotify, Deezer, iTunes) ou cinématographique (UniversCiné) élargissent le champ des découvertes. Il en va de même dans d’autres secteurs, tels que celui du livre. La numérisation offre aussi la possibilité d’une infinie personnalisation des oeuvres. Pensons aux perspectives que présente l’impression 3D dans le design. 

Les socialistes plaident pour la défense et la structuration des soutiens publics aux industries culturelles. Le fonds d’investissement St’art couvrant l’ensemble des industries culturelles et les opérateurs de soutien sectoriels, par exemple dans le cinéma (Centre du cinéma et de l’audiovisuel, Wallimage, Screen.Brussels) ou le design (Wallonie Design, Mode And Design), doivent poursuivre leur développement. En lien avec Wallonie-Bruxelles International et ses agences, ils doivent accompagner les industries culturelles dans la transition numérique et les faire rayonner chez nous et à l’étranger. 

Proposition 46

Le décryptage de l’information comme mission principale de la RTBF 

Pour les socialistes, le coeur de la mission du service public en radio et en télévision réside dans le décryptage de l’information et dans la pédagogie explicative de tous les sujets d’actualité ou de société. Le service public doit être le garant d’une information de qualité, impartiale et vérifiée. Les socialistes plaident pour que la RTBF, en tant que principal opérateur audiovisuel de service public, s’engage dans une réflexion visant à garantir cette information neutre et de haute qualité. C’est par une information de qualité qu’elle se différenciera et qu’elle continuera à capter l’attention des publics. Face aux entreprises privées d’information et aux nouveaux acteurs (Netflix, YouTube, Twitter, etc.), la priorité du service public doit donc porter sur l’éclairage et l’analyse des questions politiques, sociales, économiques, environnementales et culturelles. Plutôt que de chercher un scoop ou des « petites phrases », son rôle est d’amener le citoyen – auditeur, téléspectateur, internaute – à comprendre, à décoder et à s’émanciper. 

A cette fin, la formation des journalistes, au sein du service public, doit également retenir l’attention. Davantage encore que dans les autres médias, le service de l’information de la RTBF se doit d’adopter une éthique irréprochable. Il lui appartient également de veiller à offrir une information complète et pertinente. Ainsi, le paysage institutionnel de notre pays doit-il conduire la RTBF à informer le citoyen aussi bien de la politique internationale, européenne et nationale que de la politique régionale tant en Wallonie qu’à Bruxelles. Il importe dès lors que les journalistes du service public soient sensibilisés au rôle qui est le leur et aux missions qu’ils doivent poursuivre. 

Proposition 47

La suppression ou le maintien de la publicité à la RTBF ? 

La RTBF joue un rôle central dans le paysage médiatique francophone belge. Pour exercer sa mission de service public, la RTBF perçoit une dotation publique. Elle atteignait 249,2 millions d’euros en 2016 (dont 9,1 millions à destination de TV5). En outre, la RTBF est autorisée à percevoir des revenus provenant de la publicité commerciale. Les recettes publicitaires de la RTBF s’élevaient à 74,2 millions d’euros en 2016. S’ajoutent encore environ 25 millions d’euros de revenus résultant notamment des contrats conclus avec les câblo-opérateurs, des prestations de services fournies par la RTBF et des aides à la production. 

L’importance des recettes commerciales de la RTBF est une question débattue depuis plusieurs années. Idéalement, un service public de l’audiovisuel devrait fournir aux citoyens une programmation exempte de toute forme de publicité commerciale. Dans les faits, l’impécuniosité de la Fédération Wallonie-Bruxelles a conduit le législateur à autoriser la RTBF à recourir à la publicité en 1989 pour la télévision, en 1991 pour la radio. 

Faut-il que le service public soit financé ou pas par la publicité privée ? Deux visions s’affrontent. 

Proposition 7 A

La première plaide pour le maintien de la publicité. L’interdiction de la publicité engendrerait une perte de 74 millions d’euros, soit plus d’un cinquième deS ressources totales de la RTBF. En outre, le temps d’antenne libéré par l’absence de publicité devrait être comblé par une programmation complémentaire, ce qui suppose un coût additionnel de production ou d’achat. Aussi, la perte des recettes publicitaires aurait des conséquences importantes sur l’institution en termes de programmation et vraisemblablement de volume d’emplois. 

Compte tenu de la situation financière de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de celle de la RTBF, il s’impose de conserver les recettes publicitaires. 

Proposition 7 B

La deuxième considère que la publicité est à ce point nuisible à l’offre de service public qu’elle doit être supprimée. Plusieurs arguments sont avancés. D’une manière inconsciente ou volontaire, les programmes de la RTBF seraient réalisés avec le souci de capter la publicité. De ce fait, la qualité d’un service public - neutre, équitable et universel - risque de ne plus être assurée. La subvention publique est suffisante pour réaliser les missions de service public. La gestion de la RTBF doit évoluer vers une efficience maximale des dépenses publiques, sans qu’elle soit dépendante d’apports financiers privés. 

A la lumière de ces éléments, la publicité commerciale à la RTBF doit être interdite. 

Proposition 7 C

Une piste intermédiaire pourrait se dessiner. Aujourd’hui déjà, la publicité commerciale est interdite sur certaines chaines de la RTBF (la Trois en télévision par exemple) ou dans certaines émissions (le journal télévisé, les émissions pour enfants). A défaut d’une interdiction générale, il y a lieu d’étendre ces interdictions de publicité commerciale sur certaines chaînes ou dans certaines émissions. Ainsi, par exemple, la Première, chaine de radio centrée sur l’information, pourrait être exempte de toute publicité commerciale. 

Proposition 48

La société de média à but non lucratif 

Aujourd’hui, le modèle économique de certains acteurs médiatiques de la Fédération Wallonie- Bruxelles semble épuisé. La presse écrite connaît des difficultés financières particulièrement importantes en raison de la perte constante de lectorat et de la concurrence d’internet. Même si elle est aussi présente sur le web, les revenus qu’elle tire de son activité en ligne ne compensent pas les pertes de son tirage papier. 

De nouveaux acteurs audiovisuels, souvent américains, tels que Google, Facebook, Netflix, Liberty Global ou Discovery, sont aujourd’hui sur tous les terrains. La concurrence est d’autant plus rude que ces acteurs sont plus puissants financièrement ou technologiquement que les acteurs médiatiques locaux. Ils sont souvent plus agiles aussi dans leur capacité d’adaptation aux évolutions des modes de consommation. 

Le risque est réel pour la démocratie : la disparition de médias locaux (à l’échelle de la Belgique francophone) porterait atteinte au pluralisme des sources d’information et à la diversité médiatique. 

Aussi, les socialistes en appellent à mettre en place un nouveau modèle pour les sociétés de médias. Le modèle préconisé est proche de celui des institutions d’enseignement supérieur. Une forme juridique nouvelle serait ainsi créée spécifiquement pour les médias. Elle présenterait la caractéristique d’être à but non lucratif : les parts ou actions détenues ne poursuivraient pas un objectif d’enrichissement. Elle viserait l’intérêt général et pourrait bénéficier d’un soutien renforcé de la part des pouvoirs publics et d’incitants fiscaux pour les investisseurs privés (à l’instar du régime fiscal de réduction d’impôt applicable aux fondations d’utilité publique). La société de média disposerait ainsi d’un statut garantissant sa pérennité et offrant aux journalistes qu’elle emploie la sérénité nécessaire à l’accomplissement de leur mission d’information. 

Proposition 49

Des algorithmes transparents imposés aux moteurs de recherche et aux réseaux sociaux 

Aujourd’hui, sur internet, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux proposent des contenus aux usagers. Ces propositions sont le fruit d’algorithmes qui se basent sur les données disponibles des individus. 

Ces algorithmes ne sont pas neutres. Ils pondèrent, produisent et recoupent des données selon une certaine méthodologie. Cette méthode comporte donc un risque d’orientation des usagers vers un certain type de contenus. C’est une menace pour la diversité et la liberté d’expression qu’il convient de prendre en compte. 

Les recherches sur Google, Facebook ou Twitter donnent des résultats biaisés. C’est ce que l’on nomme les « bulles de filtrage ». En fonction des recherches antérieures, des appréciations personnelles (« j’aime » sur Facebook), des partages, les moteurs de recherche et réseaux sociaux cernent les centres d’intérêt de chaque individu. Lorsqu’il procède à une nouvelle recherche, le moteur de recherche ne lui délivre que des informations correspondant à ses attentes. La bulle de filtrage enferme l’internaute dans une image du monde qu’elle a façonné pour lui au départ de ses recommandations et de l’utilisation d’algorithmes. 

Le PS en appelle au développement du contrôle et de la régulation par les autorités publiques. Des standards internationaux doivent être établis, avec pour objectif d’imposer aux moteurs de recherche des processus informatiques garantissant une information large et diversifiée à l’internaute. En complément, informer et éduquer tous les usagers sur le contenu et le fonctionnement des algorithmes (et leurs dangers) permettrait une prise de conscience de leur importance et de leur rôle.