Chapitre 9. Fiscalité

Face aux défis sociaux actuels (croissance des inégalités, numérisation et robotisation, transition écologique), la fiscalité telle qu’elle est perçue aujourd’hui doit faire l’objet d’une réflexion profonde. 

De récentes études ont été menées sur la répartition des richesses et le poids de l’impôt sur les personnes. Elles démontrent que les revenus du travail et la consommation supportent 70 % des charges fiscales, alors que la part des salaires dans la richesse totale produite ne cesse de diminuer. Par ailleurs, la distribution des richesses est de plus en plus inégalitaire : en Belgique, 10 % des individus les plus riches détiennent plus de 50 % du patrimoine. 

Pour les socialistes, la fiscalité des personnes doit donc être revue pour assurer davantage de justice entre les contribuables. Quelle que soit la source de revenus (y compris ceux qui sont issus du capital), ils doivent être imposés de manière équitable et suivre une progressivité. De même, les plus grands patrimoines doivent être mis davantage à contribution qu’ils ne le sont actuellement. 

L’impôt des sociétés sous la forme que l’on connaît aujourd’hui dans le code d’impôts sur les revenus est issu d’une réforme de 1962. Cet impôt des sociétés a donc été établi dans une économie beaucoup moins ouverte qu’elle ne l’est de nos jours. 

Par ailleurs, la forte mobilité des capitaux et la lutte contre les comportements d’optimisation et de fraude des multinationales ont conduit à une harmonisation européenne. Celle-ci n’a pas pour autant empêché les Etats membres d’agir : chaque Etat membre s’adonne à des politiques fiscales avantageuses afin d’attirer les investissements mais aussi pour préserver des activités sur son territoire et donc des prélèvements de recettes. 

Dans notre pays, ces dernières années, la législation fiscale a multiplié les déductions et réductions fiscales en faveur des entreprises, sans qu’elles ne soient liées à des conditions en termes d’effets positifs pour l’emploi et l’investissement. La fiscalité des sociétés doit, elle aussi, être revue afin d’établir une meilleure équité, tout en tenant compte des particularités des entreprises. 

Enfin, la lutte contre la fraude fiscale reste un enjeu majeur de la politique fiscale nationale. Elle mérite une attention accrue. 

Proposition 77

L’impôt juste qui porte sur la totalité des revenus 

En 1962, un gouvernement à participation socialiste a remplacé le système des « impôts cédulaires » (impôts par catégories de revenus) par le principe d’une globalisation de l’ensemble des revenus, soumis ensuite à un barème progressif par tranches. La réforme fiscale de 1962, d’inspiration socialiste, a mis fin à un système qui ne tenait pas compte de la capacité contributive des contribuables. Elle a consacré la progressivité de l’impôt des personnes physiques (IPP). A partir de 1962, tous les revenus d’une personne physique (qu’ils soient professionnels, immobiliers ou mobiliers) sont globalisés pour être soumis à un barème progressif par tranche. 

En 1982, le Gouvernement Martens-Gol (sans les socialistes) a « déglobalisé » les revenus mobiliers, financiers pour l’essentiel : ces revenus mobiliers sont soumis à un précompte mobilier libératoire (c’est-à-dire libératoire de déclaration) à taux fixes. En d’autres termes, les revenus financiers échappent à la progressivité de l’impôt et sont soumis à des taux fixes (variables selon la nature des revenus et aujourd’hui de maximum 30 %, contre un taux marginal de l’IPP pouvant aller jusqu’à 50 %). La réforme Martens- Gol a aussi eu comme effet une absence de transparence sur la nature et l’étendue de ces revenus.

La situation est devenue injuste en ce que les revenus mobiliers ne sont pas imposés selon les mêmes règles que les revenus du travail. Les socialistes veulent dès lors une réforme de la fiscalité des personnes physiques. Tous les revenus, y compris les revenus financiers, doivent être mentionnés dans la déclaration fiscale et soumis à un même barème progressif. 

C’est un enjeu essentiel pour le PS. Le régime fiscal favorable appliqué depuis 1982 aux revenus financiers a contribué largement à creuser les inégalités dans la distribution des revenus. Leur globalisation amènera un très important surcroît d’équité fiscale. 

La globalisation des revenus procède du principe « à revenu égal, impôt égal » : un euro issu du capital doit être taxé comme un euro issu du travail. Elle a aussi l’avantage de simplifier le système fiscal puisque tous les revenus sont additionnés et se voient imposer de manière progressive et transparente. 

La mise en place de cette globalisation sera optimale si d’autres mesures sont mises en place concomitamment, entre autres la suppression de l’exonération des plus-values sur actions et la révision du système des stock-options. La globalisation des revenus financiers suppose également l’instauration d’une base de données officielle pour l’administration fiscale afin de connaître l’étendue du patrimoine du contribuable. 

La globalisation des revenus telle qu’elle est ainsi portée par les socialistes peut rapporter jusqu’à 3,3 milliards d’euros. 

Cette globalisation doit ménager un équilibre afin de ne pas préjudicier les petits épargnants, les petits investisseurs et les petits indépendants. Ainsi, la fiscalité de l’épargne et de l’immobilier doit continuer à bénéficier d’un régime favorable lorsque les revenus que les contribuables tirent de ces derniers ne dépassent pas une gestion en « bon père de famille » de leur patrimoine. 

Proposition 78

Un impôt sur les grands patrimoines 

En parallèle à la globalisation des revenus, les socialistes proposent un impôt sur les grands patrimoines. Un tel impôt constituera une mesure efficace participant elle aussi à l’établissement d’une meilleure équité fiscale. Il s’appliquera aux résidents belges sur l’ensemble de leur patrimoine (y compris celui qui est détenu ailleurs qu’en Belgique) lorsque celui-ci est supérieur ou égal à 1,25 million d’euros par personne. Ni le patrimoine exclusivement affecté à l’activité professionnelle, ni l’immeuble d’habitation propre n’entreront en compte pour le calcul de la cotisation. 

Cet impôt reposera sur un barème progressif pour les patrimoines supérieurs ou égaux à 1,25 million d’euros. En dessous de ce montant, aucune cotisation sur le patrimoine ne sera exigée. Lorsque le seuil de 1,25 million est atteint, l’ensemble du patrimoine est soumis au prélèvement. 

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L’impôt sur les grands patrimoines, tel qu’il est conçu par le PS, concerne le pour cent des ménages les plus fortunés. 

La proposition du PS a fait l’objet d’une estimation par la Cour des comptes. Elle a évalué que les rendements de l’impôt sur les grands patrimoines oscilleraient entre 727,72 millions d’euros et 2.294,67 millions d’euros selon les hypothèses retenues. 

Les recettes qui ressortiront de ces différentes mesures serviront à diminuer la pression fiscale sur les ménages. Les tranches d’imposition de l’IPP pourront être revues afin de diminuer l’impôt sur les plus faibles revenus ; les taux de la TVA sur les produits essentiels à la consommation des ménages pourront être diminués ; les recettes pourront également être affectées au financement alternatif de la sécurité sociale. 

Proposition 79

Un impôt des sociétés qui favorise l’emploi et l’investissement 

Aujourd’hui, les grandes entreprises sont de plus en plus gérées en tenant compte uniquement de l’intérêt de leurs actionnaires, au détriment d’une stratégie industrielle à moyen et long termes, et en ne prenant pas en considération les travailleurs. Ainsi, certains groupes multinationaux qui ont engrangé des baisses d’impôt parfois très importantes n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’accroître de manière substantielle les dividendes de leurs actionnaires. 

Les socialistes proposent un système d’impôt sur les sociétés dont le principe repose sur un soutien ciblé aux entreprises qui offrent une contrepartie en emplois, en formation du personnel, en investissements productifs et en innovation, avec une attention particulière pour les PME. Ce mécanisme s’appuie sur une évaluation du régime actuel par la Banque Nationale (dans son volet économique) et par le SPF Finances (dans son volet budgétaire). 

Les fermetures brutales d’usines et les licenciements collectifs décidés par des états-majors d’entreprises, dont certains se situent à l’étranger, renforcent le bien-fondé d’une telle approche. 

Le contrat doit être clair : du soutien en échange d’un apport durable et qualitatif au tissu économique belge. 

Le PS fixe six objectifs fondamentaux pour un nouvel impôt des sociétés : 

  • Promouvoir l’emploi de qualité ; 
  • Encourager l’investissement productif ; 
  • Soutenir l’innovation, la recherche et le développement ; 
  • Lutter contre les licenciements boursiers ; 
  • Renforcer l’équité fiscale entre les entreprises ; 
  • Protéger les finances publiques belges contre la planification fiscale agressive ; 
  • Oeuvrer à l’harmonisation fiscale européenne. 

Les principes de l’impôt des sociétés voulu par les socialistes sont complétés par une série de balises importantes : 

  • Un impôt minimum relevé : sous la précédente législature, un impôt minimum (la « fairness tax ») a été introduit, lorsqu’il apparaît que tous les avantages fiscaux dont a profité une société lui ont en définitive permis de ne payer aucun impôt tout en distribuant davantage de dividendes. Le gouvernement Di Rupo avait mis en place une contribution de 5 % sur une partie des bénéfices distribués. Le PS propose de doubler ce taux pour le porter à 10 %. 
  • La suppression des intérêts notionnels : cette mesure censée rétablir une équité entre le financement par fonds propres et le financement par voie d’emprunts a été détournée de son objectif initial ; il doit y être mis fin totalement. 
  • Une révision de l’exonération des plus-values sur actions. 
  • Une sur-déduction du précompte professionnel pour les contrats à durée indéterminée et pour les frais professionnels. 
  • Une déduction pour investissement doublée pour les PME si l’investissement génère ou maintient un emploi stable. 

Proposition 80

Une cotisation sociale sur la technologie 

La robotisation révèle aujourd’hui un paradoxe dans nos économies occidentales. D’une part, elle constitue un instrument d’innovation et de croissance ; d’autre part, son développement est souvent synonyme de disparition d’emplois. 

Plusieurs études ont souligné les pertes d’emplois dues à l’évolution technologique. Il n’y a pas d’unanimité pour évaluer l’impact de cette évolution sur l’emploi. Ces divergences s’expliquent notamment par le fait que les méthodes utilisées diffèrent. Ainsi, si certaines études évaluent cet impact en se basant sur les types de métiers qui seront les plus touchés par l’évolution technologique, d’autres analyses prennent pour point de départ l’influence que la robotisation aura sur les tâches à accomplir au travail, sans tenir compte de la profession. 

L’étude basée sur les emplois évalue que 39% des emplois disparaîtront en Belgique, alors que l’étude basée sur les tâches estime l’impact à 7%. L’étude publiée par l’économiste du MIT, Daron Acemoglu, considère qu’un robot remplacerait entre 3 à 6 travailleurs. 

Déjà en 1819, J-C Sismondi expliquait que « ce n’est point le perfectionnement des machines qui est la vraie calamité. C’est le partage injuste que nous faisons de leur produit. » Cette affirmation prend aujourd’hui encore plus de sens. Bill Gates a pour sa part déclaré : « Si un travailleur humain produit, disons, une richesse de 50.000 dollars dans une usine, ce revenu est taxé. On pourrait donc penser que, si une machine vient et fait la même chose, ce robot doit être imposé à un niveau semblable. » Pour Bill Gates, cela permettrait d’investir cet argent dans d’autres projets sans entraver la production. Selon le fondateur de Microsoft, l’objectif n’est pas de pénaliser les « robots travailleurs » mais bien de se concentrer sur la meilleure façon d’utiliser cet argent. Quant à Robert Shiller, prix Nobel d’économie en 2013, il défend l’instauration d’une taxe sur les robots « pour combattre la hausse des inégalités ». 

La numérisation de l’économie amène les socialistes à repenser le modèle du travail (voir le chapitre consacré à l’emploi) et le financement du système social. A cet égard, les socialistes entendent faire en sorte que la technologie, qui entraîne des pertes d’emploi,, aide à garantir les droits sociaux et à permettre les transitions professionnelles pour les travailleurs menacés. 

Afin de répondre aux défis sociaux à long terme que posent la robotisation et la numérisation, le PS propose d’établir le principe d’une « cotisation sociale sur la technologie ». Il s’agit de créer une cotisation par un prélèvement sur la valeur ajoutée créée par des robots, ordinateurs et services experts (notamment les algorithmes). Ce prélèvement aura le caractère d’une cotisation sociale. 

Le prélèvement sera versé au budget de la sécurité sociale. Au sein de la sécurité sociale, la cotisation sociale sur la technologie doit servir à assurer la transition économique. Autrement dit, elle doit avoir pour vocation d’établir un filet de sécurité pour les personnes qui perdent leur emploi en raison de l’automatisation, et servir à assurer une transition professionnelle pour ces dernières. 

Proposition 81

Une fiscalité européenne plus harmonisée et qui régule les marchés 

La vision d’une fiscalité plus juste telle que les socialistes la défendent doit s’appréhender à tous les niveaux de pouvoir. Avec la mobilité des entreprises et des capitaux, une approche européenne s’impose. Dans ce cadre, le PS revendique l’instauration d’un impôt des sociétés européen pour les multinationales. Cet impôt des sociétés européen permettra d’éviter la concurrence fiscale déloyale entre Etats membres. Elle permettra également de lutter efficacement contre la fraude et l’évasion fiscale. 

La fiscalité européenne passe également par l’instauration rapide d’une taxe sur les transactions financières. 

Enfin, les plans européens d’échange d’informations, de lutte contre l’évasion et la fraude fiscales doivent être renforcés. 

Proposition 82

La lutte accrue contre la fraude et l’optimisation fiscale 

Les Panama papers, Luxleaks, Malteleaks et autres scandales du même acabit ont montré les failles juridiques qu’exploitent allègrement les grandes entreprises et les grandes fortunes, tantôt pour optimiser leurs opérations financières, tantôt pour frauder. 

L’évasion fiscale des grandes entreprises fait perdre aujourd’hui à la Belgique 3,4 milliards d’euros de recettes. 

Les socialistes plaident pour un renforcement de l’administration fiscale et des organismes judiciaires. L’instauration d’un véritable parquet financier, spécifiquement attaché à la grande fraude fiscale, est la voie que le PS préconise. 

L’échange d’informations doit être efficace entre toutes les entités nationales, régionales mais aussi entre pays. Aussi, le plan BEPS (« Base Erosion and Profit Shifting », c’est-à-dire l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices) de l’OCDE doit être appliqué rapidement en respectant les principes de base et même en les renforçant. 

Par ailleurs, une meilleure définition et une appréhension plus fine des phénomènes d’optimisation, d’évasion et de fraude sont nécessaires. Ainsi, la notion d’intermédiaire doit être correctement définie et viser les individus ayant collaboré à la mise en place de mécanismes abusifs pour éluder l’impôt. Ces derniers doivent pouvoir être considérés comme des co-auteurs des infractions commises. Enfin, les scandales ont également montré qu’il fallait avoir un régime approprié pour protéger les lanceurs d’alerte.